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Roland Cabon

Les membres qui se plient et se croisent, les coudes qui dessinent des angles et délimitent des territoires, les dos qui se voûtent et se cambrent, la géographie du corps vue comme une tectonique, un ensemble de forces cachées habillées d’une douceur satinée, d’un noir et blanc sensuel.

Montréal, Québec, Canada

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Roland Cabon


Entretien avec Roland Cabon

Quel(s) message(s) souhaitez-vous exprimer à travers vos œuvres ?

C’est une réaction à ce qui m’entoure (la violence banalisée et omniprésente et les censures souvent ridicules : exemple, il est normal dorénavant de voir du sang et des morts à la télévision, mais de voir un début de sein sur une publicité, on crie au scandale…). Pour moi, faire des photos de nu est aussi un hommage à l’une des choses que je trouve les plus belles : le corps humain. J’aurais pu faire des photos de nature ou pourquoi pas d’hommes nus, mais la femme est bien trop belle pour ne pas avoir envie de la représenter artistiquement et la mettre en valeur. Cette série de photos n’est que le début de ma démarche et c’était logique et certainement plus facile de commencer par la femme.

Quel-le-s sont les artistes qui sont vos sources d’inspiration ?

Pour avoir trop vu d’images trafiquées qui ne font que se ressembler et pour avoir trop utilisé Photoshop pour mon propre travail, je reviens à des photos classiques : pas de triche ni d’effets spéciaux, éclairage au tungstène, cadrages originaux (je fais des croquis avant la prise de vues). C’est bien entendu des gens comme Man Ray, Edward Weston, Jeanloup Sieff, Jonvelle, Mapplethorpe, Kenro Izu et, au Canada, Yuri Dojc qui m’ont donné le déclic pour ce travail. D’autres photographes comme Kertesz, Doisneau et Boubat dans leur temps, Ikko Narahara au Japon, Roger Lemoyne, Carl Valiquet et Marie-Reine Mattera au Québec et Sebastiao Salgado au Brésil pour ne citer qu’eux m’inspirent tous les jours. J’ai eu aussi mon époque Hamilton et j’en garde une profonde nostalgie, surtout pour ses N&B. J’oubliais le Studio Harcourt de Paris et ses portraits aux éclairages léchés des années 50 : toujours un régal pour moi d’admirer ce travail.

Que vous a apporté le fait d’être présent sur internet ?

C’est une ouverture sur le monde. Plus de frontières, mes photos parcourent la planète. Elles sont dans des galeries virtuelles au Japon, en France, aux États-Unis et en Angleterre. Je reçois des messages de partout, d’Ukraine jusqu’en Australie. Quoi dire d’autre ? Internet est fantastique et grâce à lui, montrer ses photos est accessible pour tout le monde. Plus besoin d’éditer ou d’exposer à tout prix. Pouvoir échanger des propos avec des photographes étrangers est aussi un vrai plaisir.

Est-ce qu’internet vous a permis de rencontrer de nouveaux modèles, de trouver de nouveaux lieux d’exposition ?

Modèle via internet : juste une fois. Une séance et voilà. Ça a fonctionné mais ce n’est pas mon truc. J’ai d’autres façons moins anonymes et surtout plus sympathiques de rencontrer des modèles et où l’on risque moins d’avoir de mauvaises surprises… Je fais, entre autre, partie d’un club de photographes et de modèles à Québec où règnent un respect mutuel et un code d’éthique.

Alors que votre travail dans les thèmes du graphisme et de la nature exploite la couleur pour sa vivacité et son contraste, vous restez fidèle au noir et blanc pour les portraits et les nus. Pouvez-vous commenter ce choix ?

Comme je l’ai dit, ces photos sont un exercice de style. J’aime le côté sculptural du corps en noir et blanc. Ça l’idéalise et créé une sorte de vision surréaliste avec mes formes et mes cadrages serrés. Les mêmes photos en couleurs prendraient toute une autre signification qui risquerait d’aller à l’encontre de ce que je veux et vers ce que je ne veux pas : la vulgarité. J’ai la même philosophie avec le portrait (ma plus grosse production) où le regard peut y prendre toute son importance avec le noir et blanc. Je ne ferme pas la porte aux couleurs, bien au contraire, et je m’y essaie de temps en temps.

Vos nus jouent beaucoup sur le délié des mains et des bras, mais aussi sur la sensualité des courbes. Travaillez-vous actuellement sur d’autres aspects du corps pour exprimer une vision peut-être différente ?

J’ai d’autres idées, d’autres concepts auxquels je suis en train de penser (dont un en couleurs !). Le premier est assez conventionnel mais aussi assez complexe car il faut que je trouve des modèles de tous âges H & F qui acceptent d’être reconnus sur les photos… Ce sont des séries de portraits où la profondeur et la force du regard en font (presque) oublier la nudité ! Le deuxième projet est un cri du cœur, une délivrance de la grisaille et une fuite en avant et… tout en couleurs. Plus rien à voir avec les courbes graphiques et le studio !
J’espère avoir répondu à vos questions. J’ai encore beaucoup à dire… (vous l’aurez deviné…) mais je vous en ferai grâce !! Pour résumer, mon travail n’est pas gratuit, c’est une façon pour moi de choquer, de dénoncer et de détourner à ma façon les gens de leurs principes dictés. Un hymne à la beauté dans un monde de violence.

Propos recueillis en décembre 2003
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