Marty McCorkle
Exposition(s)
Nudité frontale : un point de vue masculin sur la figure masculine, septembre 2007 à Oakland, CA, États-Unis.
Entretien avec Marty McCorkle
Quel(s) message(s) souhaitez-vous exprimer à travers vos œuvres ? Il semble que le corps humain ne soit juste devenu qu’un outil promotionnel de la publicité pour nous vendre des sous-vêtements, de la gym et des boissons pour sportifs. Aux États-Unis, nous sommes manifestement passés d’une pudeur barbare à la plus pure décadence sans aucune célébration de la beauté de la forme humaine entre les deux.
Quel-le-s sont les artistes qui sont vos sources d’inspiration ?
Je mélange l’ordinateur et la toile, ces icônes des médias modernes et antiques, pour livrer une sorte de cheval de Troie aux spectateurs qui ne se doutent de rien. Vous voyez, ma stratégie est de faire que les gens s’arrêtent réellement et regardent la beauté et le drame de la forme humaine.Chuck Close est un des artistes qui m’inspirent. Il est connu pour ses portraits de deux mètres de haut faits de carrés et de cercles de couleur qui ne peuvent être compris comme des visages que si le spectateur se place suffisamment loin. Même si Chuck n’utilise pas un ordinateur, son travail m’a inspiré à explorer la machine comme une source pour dépeindre le corps différemment.
Que vous a apporté le fait d’être présent sur internet ?
Je me classe à l’occasion comme un fan de Francis Bacon… La « vieille tante Francis » m’a appris qu’on n’avait pas à « peindre dans des lignes » et qu’il ne fallait pas avoir peur des grands coups de pinceau. Le Caravage, le maître du dix-septième siècle, est d’une influence aussi importante. Il m’a appris la lumière et les proportions. Sans lui, mon travail ressemblerait à de grosses bandes de papier toilette couleur chair.
Je suis aussi influencé par les peintres Chinois à l’encre des dynasties Tang et Yuan. Ils travaillaient sur la soie et le papier jusqu’à la perfection du coup de pinceau. Je suis toujours stupéfait qu’ils puissent construire une silhouette ou un paysage avec juste quelques traits d’encre. Voilà qui est magistral ! Ils continuent à m’enseigner l’importance du minimalisme et le fait qu’il n’y a pas de raccourci pour développer son habileté.J’ai reçu des courriers électroniques d’individus qui m’ont trouvé sur internet d’une manière ou d’une autre depuis des lieux aussi éloignés que la Grèce ou Taipei. Récemment, le chef d’orchestre de l’opéra de Bangkok, ayant vu mon travail sur mon site, m’a demandé de créer la maquette scénique d’une production prochaine en Thaïlande après que j’aie laissé un bref commentaire sur une vidéo youtube de l’une de ses représentations.
Est-ce qu’internet vous a permis de rencontrer de nouveaux modèles, de trouver de nouveaux lieux d’exposition ?
Bien sûr, nous savons tous qu’internet permet à un artiste de partager son travail avec un public bien plus vaste qu’auparavant, mais il a aussi changé la façon de vendre de l’art. Mon épouse, Esteban Sabar, qui dirige une galerie d’art à Oakland en Californie, vient juste de conclure un marché pour une de mes peintures avec un collectionneur Londonien qui a vu mon site et m’a cherché sur Google pour en savoir plus. Quelques heures après avoir reçu une image jpeg haute résolution de la peinture, ce collectionneur l’a achetée ! C’est un monde bien différent d’il y a seulement quelques années.J’ai épuisé mon cercle d’amis, ainsi que les amis d’amis, pour poser pour moi, alors craigslist est une façon pratique de découvrir de la « chair fraîche ». Pour ce qui est de trouver une galerie pour me représenter, il n’y a rien d’aussi efficace que d’y aller en personne et de n’être pas découragé par une porte fermée.
Votre travail a-t-il déjà été censuré ? Dans ce cas, comment avez-vous réagi ?Il y a un an environ, nous négociions avec une galerie opérée par un institut de santé à Boston qui ne voulait montrer que des peintures sans mamelons ni fesses. Je n’étais pas contrarié par cela, puis j’ai réalisé qu’il me faudrait peindre un bon nombre de maillots de bain ou de feuilles de figuiers pour que cette exposition ait lieu. Je ne l’ai jamais fait.
Quels sont les projets qui vous tiennent à cœur en ce moment ?La plupart de mon travail est inspiré par les modèles, leur apparence, leur langage corporel et parfois leur histoire. J’ai pris récemment des photos d’un jeune homme dont le visage sort tout droit d’une peinture de la Renaissance. Je travaille donc sur une série de peintures avec ce modèle inspiré du Printemps de Botticelli… Beaucoup de fleurs, des feuilles, des décors de forêt sombre en toile de fond à des tonalités de chair pâle.
Pouvez-vous dire quelques mots sur le lieu où vous vivez/travaillez ?Ah, vous voulez dire ma « hot box » ! Je pense toujours à Picasso quand je travaille dans le petit garage Berkeley à l’extérieur de la maison. C’est une chose avec un plafond bas que j’ai équipée d’une lucarne et d’un ventilateur. Il y fait vite chaud même avec la porte et la fenêtre ouvertes, alors je peins souvent pieds nus, en short et torse nu comme le faisait apparemment Pablo.
Mais c’est un chouette espace pour peindre : je n’ai jamais à me préoccuper du désordre que j’y fais.Propos recueillis en septembre 2007
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