| Quelques mots sur votre travail, ce qu’il exprime et sur vous-même ?
Mes premiers travaux d’étudiant aux Beaux-Arts faisaient référence à l’Art Sacré. Dans ces peintures, le regard de la Vierge brillait d’extases plus charnel, quant à St Jean, son désir était aussi intense qu’étaient sombres les couleurs de ces crucifixions. L’art gothique de Matthias Grünewald, celui baroque du Pontormo et du sublime Bronzino, ou celui de l’irritant Journiac accompagnaient mes recherches dans la peinture, gravure et sculpture. Rapidement, mes toiles sont devenues de pures images pornographiques décrites dans des teintes rouges, brunes et noires. Adolescent, j’avais lu Histoire d’O, les orages littéraires de Sade. Je cherchais désormais les lumières de Georges Bataille, Pierre Klossovsky ou Joé Bosquet. Charles Fourier me faisait rire de bon cœur, le sentencieux Wilhem Reich m’étonnait autant qu’il m’ennuyait : je donnais alors l’image d’un étudiant intello, bizarre et souvent solitaire. À la fin de mes études, j’étais père depuis un an. Sitôt celles-ci achevées, j’ai voulu subvenir à nos besoins, avoir un salaire régulier. J’ai longtemps hésité à enseigner. La peur de m’user et l’envie d’un rapport plus direct avec le travail m’en ont éloigné. J’aime l’indépendance matérielle que donne cette solution et la tension qu’elle entretient en moi entre le réel et ma vie fantasmatique.
Aujourd’hui, je peins dans mon appartement. Dans la salle de séjour, à même le sol, sur de grandes feuilles, des paysages, des portraits, des souvenirs, un rayon de lumière qui tombe sur une chaise. Sous leurs lignes, sous leurs couleurs, dominent les mêmes tensions qui conduisaient mes gestes et mon regard alors. Sur le site http://perso.orange.fr/eric.ecrement sont mises en lignes des encres récentes, qui si elles ne sont pas, à proprement parlé, érotiques, sont l’expression de cette énergie. Sous l’aspect lisse de ce vase vert passent les mêmes lumières, les mêmes fureurs que dans ces traits de plumes où l’amoureuse se fait monter par une bête. J’aime l’idée que le Cercle éclaire de sa pornographie l’ensemble de mes travaux. Il m’est arrivé d’exposer quelques peintures dans un restaurant : je me souviens que la propriétaire m’avait demandé de ne pas exposer certains sujets. Je pensais alors : fait attention dans le choix de tes travaux ! Il m’est rapidement apparu qu’Internet était de ce point de vue une formidable opportunité. Non seulement la banque d’images qu’il concentre semble infinie, mais en plus la liberté d’exposition me semble totale.
C’est d’ailleurs grâce à internet que j’ai pu vendre mes premiers dessins érotiques à Hans-Jürgen Döpp, le webmaster de Venusberg et grand amateur d’art érotique. Recevoir commande de sa part pour une série d’illustrations pour L’histoire de l’œil de Georges Bataille reste pour moi un vrai plaisir. Un livre qu’il a consacré aux représentations de l’orgie a été publié en 2007. Quatre de mes dessins y sont reproduits.
Aujourd’hui en m’asseyant à ma table de dessin dans ma chambre, j’espère toujours exposer un jour dans un lieu approprié. J’ai fait à cet effet un petit livre qui montre un certain nombre de mes encres non-érotiques. Je compte bien concrétiser ce projet dans l’année.
Propos recueillis en avril 2007 © Incubus' Choice |